Deux situations très différentes, deux procédures bien distinctes. La reprise de logement s’applique quand vous voulez récupérer votre bien pour y habiter vous-même ou y loger un proche. La récupération en fin de bail concerne le départ ordinaire d’un locataire à l’échéance du contrat. Confondre les deux, ou négliger les délais légaux, peut vous coûter cher en argent et en temps.
La reprise de logement : droits et conditions
Vous pouvez reprendre votre logement pour y habiter vous-même ou pour y loger un proche. La liste des personnes admissibles est limitative dans la loi : vous-même, vos enfants, vos parents, votre conjoint actuel, ou un autre parent ou allié dont vous êtes le principal soutien financier. Vous ne pouvez pas reprendre un logement pour le confier à un ami, à un collègue ou à quelqu’un avec qui vous n’avez pas de lien familial ou conjugal.
Une limite importante sur la structure de propriété
Si votre immeuble appartient à une société par actions, vous ne pouvez pas exercer le droit de reprise. Ce droit est attaché à une personne physique, pas à une entité morale. Si vous êtes copropriétaire avec un tiers qui n’est pas votre conjoint, vos droits de reprise sont limités à certaines conditions précises. Vérifiez la structure de détention de votre immeuble avant d’entamer toute démarche.
La procédure : les étapes dans l’ordre
L’avis de reprise
Envoyez un avis écrit au locataire au moins 6 mois avant la fin du bail. Cet avis doit préciser la date exacte de la reprise, le nom complet de la personne qui habitera le logement et son lien de parenté avec vous. Un avis incomplet peut être contesté et invalidé. Transmettez-le par courrier recommandé ou par remise en main propre contre signature.
La réponse du locataire
Le locataire dispose d’un mois pour répondre par écrit. S’il accepte, le bail prend fin à la date prévue. S’il refuse ou s’il ne répond pas, cela vaut refus et vous devez déposer une demande au TAL dans le mois qui suit. Si vous ne déposez pas cette demande dans le délai d’un mois, vous perdez votre droit de reprise pour ce cycle.
L’indemnité obligatoire depuis la Loi 31 de 2024
Depuis février 2024, la Loi 31 impose une indemnité minimale au locataire évincé. Le calcul : un mois de loyer par année de location continue, avec un plancher de 3 mois et un plafond de 24 mois. Vous devez aussi rembourser les frais de déménagement raisonnables sur présentation de factures.
Exemple concret : un locataire en place depuis 7 ans avec un loyer mensuel de 1 200 dollars. Indemnité de base : 7 mois de loyer, soit 8 400 dollars. Plus les frais de déménagement sur factures. Total minimum probable : entre 9 000 et 11 000 dollars. Intégrez ce coût dans votre réflexion avant d’envoyer l’avis.
Le risque de mauvaise foi
Si vous reprenez un logement et que vous le relouez dans les 12 mois qui suivent à un prix plus élevé, sans y avoir réellement habité ou logé la personne déclarée, le locataire évincé peut vous poursuivre pour reprise de mauvaise foi. Les dommages punitifs accordés par le TAL dans ces cas peuvent être très élevés, parfois plusieurs dizaines de milliers de dollars. La reprise doit être un projet de vie réel, pas une stratégie pour ajuster le loyer au marché.
Le départ du locataire en fin de bail
L’état des lieux de sortie : votre seul recours en cas de dommages
À la fin du bail, le locataire doit remettre les clés au plus tard à midi le dernier jour. Organisez l’état des lieux de sortie le même jour, en sa présence. Comparez chaque pièce avec l’état des lieux d’entrée. Photographiez toute différence notable. Si des dommages dépassent l’usure normale attendue pour la durée du bail, vous pouvez en réclamer le remboursement au TAL, mais seulement si vous avez un état des lieux d’entrée pour appuyer votre demande.
Sans état des lieux d’entrée, votre recours est pratiquement inexistant. Sans état des lieux de sortie fait en présence du locataire, votre dossier sera affaibli. Les deux documents ensemble constituent votre protection complète.
Les biens laissés dans le logement
Si le locataire laisse des objets derrière lui, la procédure dépend de leur nature et de leur valeur. Les déchets manifestes et objets sans valeur marchande peuvent être éliminés après documentation photographique. Les objets qui ont une valeur marchande réelle doivent être conservés pendant 90 jours. Vous devez aviser le locataire par écrit de leur présence, de leur emplacement et du délai disponible pour les récupérer. Une disposition trop rapide de biens ayant de la valeur peut mener à une poursuite civile.
Conclusion
La reprise de logement est un droit réel mais exigeant, qui demande une préparation rigoureuse et le respect strict des délais. Le départ ordinaire d’un locataire, lui, est une procédure bien balisée à condition d’avoir les bons documents. Dans les deux cas, la documentation et le respect des délais sont vos meilleures protections.
Le conseil de Sam
Outils disponibles dans ce guide : Avis de reprise de logement · Mise en demeure · Checklist départ locataire · Checklist changement de locataire
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